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Le blog voyage by Chapka

Rencontre avec Simon Allix, spécialiste des treks au Tibet

À l’occasion des 80 ans de la Société des Explorateurs Français, nous avons rencontré l’un de ses sociétaires, Simon Allix. À quarante-cinq ans, tout prédestinait Simon à devenir cet aventurier des temps modernes. Son père, professeur de géographie et peintre, était déjà un grand voyageur. Dès le début des années 90, Simon part voyager avec son sac à dos, seul ou avec ses frères Stéphane et Thomas. Le premier était à l’époque reporter de guerre. Posté à Kaboul, il fondait en 2000 une antenne de la SEF sous la forme d’une ONG, avec le soutien de l’Unesco.

Simon et Thomas, après avoir arpenté le corridor du Wakhan en 1998, s’établiront dans la capitale afghane au côté de Stéphane dans le but de réaliser un inventaire du patrimoine archéologique. Au printemps 2011, Simon Allix quittait l’Afghanistan après le décret du mollah Omar visant à détruire l’art préislamique.

Aujourd’hui, Simon Allix est l’un des plus grands spécialistes des treks au Tibet. Il a arpenté de nombreuses fois le mont Kailash. Il a notamment réalisé le documentaire La Montagne magique, sur les chemins du Kailash, diffusé sur les chaînes France 5 et Voyage, et a cosigné Les carnets du Kailash aux Éditions Glénat.

Simon a guidé pour la première fois une dizaine de particuliers pour un voyage de 21 jours autour du Mont Kailash. Il nous raconte ce voyage unique.

Nous avons également soutenu cette belle expédition, et diffuserons sur notre page Facebook très prochainement, des vidéos issues de ce voyage incroyable.

Palais du Potala à Lhassa

©SIMON ALLIX – Vue sur le côté du palais du Potala à Lhassa.

Combien d’expéditions avez-vous mené autour du Mont Kailash au Tibet ?

Je m’y suis rendu 3 fois. La première fois en 1995, sans argent, sans autorisation, en mode backpacker, avec mon frère Thomas. Nous avons traversé le pays cachés à l’arrière de camions pour échapper aux autorités. Nous avons dormi chez l’habitant, demandant le gite et le couvert. Ces 3 mois au Tibet, et la façon d’y cheminer m’ont permis de vivre en immersion totale avec le peuple tibétain, de pouvoir réellement les rencontrer, hors des sentiers battus, et loin du contrôle de l’occupant chinois.

Mon frère Thomas s’y était déjà rendu 3 fois, il était un véritable spécialiste de cette montagne, un Kailashophile. Ce savoir, il me l’a transmis lors de cette première aventure. À sa mort en Afghanistan début 2001, j’ai naturellement repris le flambeau. Retourner là-bas, à la recherche de souvenirs disparus dont je n’étais plus que le seul détenteur, devient un objectif, un horizon. J’ai publié The Rivers of the Mandala sur le thème de la montagne chez Thames & Hudson à Londres, Glénat pour la France. J’y ai compilé mes connaissances du Kailash, tout en rendant hommage à mon frère.

En 2004, j’ai monté une expédition partant de Pékin, parcourant la route de la Soie sur 3000 kilomètres jusqu’au pays Ouïgour pour ensuite redescendre au Tibet et au Mont Kailash par une route interdite traversant la Cochinchine. L’armée m’empêchera de rentrer au Tibet et me privera de ma montagne.

En 2010, j’y suis retourné en voyage plus qu’en expédition. J’ai emmené Florence Tran, une amie, avec le même objectif que mon livre écrit sept ans plus tôt, rendre hommage à la montagne et faire le deuil de mon frère disparu. Le film La Montagne Magique découlera de ce voyage.
Enfin, cette année, on m’a proposé d’accompagner un groupe là-bas, proposition difficilement refusable.

Pourquoi ce Mont est-il si sacré pour les Tibétains ?

Le mont Kailash représente pour les Tibétains l’axe du monde, l’axe métaphysique autour duquel le monde tourne, une sorte de mont Méru. Il représente aussi un mandala naturel, et sa forme de cristal s’y prête.

Il ne s’agit pas réellement d’un terrain d’exploration au sens convenu. Depuis la réouverture du Tibet en 1989, beaucoup de voyageurs sont allés au mont Kailash.

Pour moi, le premier voyage au mont Kailash en 1995 fut une véritable exploration géographique et physique. Les voyages qui ont suivi ont été une exploration de mes propres limites physiques et émotionnelles, de mes capacités d’adaptation en haute montagne.

le mont Kailash au Tibet

©SIMON ALLIX – A 5 300 m d’altitude, un petit groupe de pèlerins s’apprête à gravir la dernière montée avant le point culminant du pèlerinage du mont Kailash, à l’extrême ouest de la région autonome du Tibet.

Comment est née l’idée d’associer la SEF et Nomade Aventure ?

Je fais parti de la Société des Explorateurs Français depuis une petite vingtaine d’années. Il ont d’ailleurs fait l’honneur à ma famille de rebaptiser le Prix de l’Exploration, Prix Thomas Allix. La SEF est reconnue d’utilité publique, ce qui consiste à partager avec le plus grand nombre et les jeunes en particulier, nos découvertes, nos travaux ou notre expertise. Nous le faisons déjà à travers des publications, des conférences ou des films, mais je me suis dit que nous pouvions être novateurs en la matière, car quoi de mieux qu’un explorateur qui partage son expertise sur son terrain d’exploration. Avec le soutien de mes camarades du comité directeur de la SEF, et de l’enthousiasme de Fabrice del Taglia, dirigeant de Nomade Aventure, j’ai créé ce label.

Nos homologues anglais de la Royal Geographic Society, ainsi que les Américains du Explorer Club, réalisent ce type de voyage avec un explorateur depuis des années, ce qui m’a conforté dans ce projet.

Est-ce que cela met une pression supplémentaire d’être responsable d’un groupe ?

Il y a bien sûr une pression supplémentaire à être responsable d’un groupe, si petit soit-il. On ne peut pas attendre ni exiger de quiconque d’avoir les mêmes capacités de résistance que soi, au froid, à la faim ou à l’altitude. Il faut donc s’adapter à l’identité du groupe, en étant vigilant que chacun puisse vivre son propre voyage au sein de ce collectif. Un peu comme dans un bol de salade ou chaque feuille garde son unité, le tout uni par la sauce. J’ai donc veillé à chacun des membres de mon groupe, tout en les laissant s’approprier le voyage.

Comment s’adapter aux conditions climatiques sur le haut plateau ?

Il faut savoir que 10 % des gens sont sujets au mal des hauteurs. Cela peut provoquer une embolie cérébrale ou pulmonaire et donc la mort. Un simple test d’hypoxie vous dira si vous faites partie de cette tranche malchanceuse. En altitude, en l’occurrence entre 3500 et 6000 mètres, il y a moins d’oxygène, et comme en plongée sous-marine, les poumons se compriment, et la capacité respiratoire diminue. Du fait de la carence en oxygène, on se sent les premiers jours légèrement euphorique, avant de s’habituer au bout d’une semaine. Il faut boire beaucoup d’eau, et rester calme les 3 premiers jours.

Lac Yamdrok au Tibet

©SIMON ALLIX – Vue sur les eaux turquoise du Lac Yamdrok depuis le col du Kamba La (4 850 m). L’un des trois plus grands lacs du Tibet, mesurant plus de 70 km de long.

Quelle fut l’étape la plus compliquée physiquement et mentalement ?

Pour moi, ces moments les plus compliqués sont ceux dont vous vous souviendrez toujours. L’adversité devient avec le temps un moment d’absolu. Dans le voyage autour du Mont Kailash, je pense que ce sont les tous derniers mètres avant le point culminant qui sont les plus douloureux physiquement et mentalement. En moins d’un kilomètre, on passe de 4 800 à près de 6 000 mètres…

Racontez-nous quelques anecdotes sur les étapes autour du lac Manasarovar.

Dans le pèlerinage tibétain, le Lac Manasarovar est le principe féminin alors que le Kailash représente le masculin. On doit d’abord en faire le tour pour se purifier avant d’attaquer la montagne. Il est le berceau du dieu Shiva (Dieu Hindouiste). C’est l’un des lacs les plus hauts du monde à 4 600 mètres et son eau ne dépasse guère 5°c. Il fait 100 km de circonférence, et il faut 3 jours pour en faire le tour à pied. Il y a une petite centaine d’années, des Tibétains ont trouvé une pépite d’or grosse comme un chien. En effet, la rive occidentale aux roches rougeâtres indique la présence d’or. Les Tibétains ne sachant que faire de cet énorme caillou doré l’ont fait parvenir au treizième Dalai Lama. Celui ci ne sachant pas quoi en faire, il demanda à ce que la pierre revienne là où elle fut trouvée. Selon la légende, elle fut jetée au millier du lac.

rencontre avec un peuple nomade au Tibet

©SIMON ALLIX – Petite fille d’un groupe de nomades qui campe non loin d’un col à plus de 5000m d’altitude.

Comment est l’accueil réservé par les nomades Tibétains ?

Loin des sentiers battus, les nomades Tibétains n’ont pas croisé beaucoup d’Occidentaux. Ils sont souvent aussi curieux que vous et la rencontre est facilitée. C’est un peuple très souriant, et le sourire est une invitation à la rencontre.

Outre la performance sportive, que retient-on de cette aventure ?

Un fantastique voyage géographique, doublé d’un voyage intérieur. On flirte avec ses limites. On rencontre un peuple simple, beau, puissant qui nous fait réfléchir sur nous-même et notre propre condition. Un voyage qui force à l’humilité, à l’abnégation. Au milieu des 5 éléments, eau, terre, feu, air et éther, cette région agit sur moi comme une sorte de catalyseur, où résonne une immense sincérité. Un environnement simple et pur où on se rapproche de soi.

©SIMON ALLIX – Passage d’un col à plus de 5500 m d’altitude, quelque part au Tibet central, et lâché de LungTa (chevaux de vent)

Rencontre avec Simon Allix, spécialiste des treks au Tibet
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1 commentaire

Laurence KAP
Laurence KAP

14 novembre 2017

Cela donne beaucoup de réponses à mes questionnements. Très bonne interview!

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