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Le blog voyage by Chapka

Rencontre avec Mumu et Clem, des nomades digitales qui voyagent dans un bus scolaire

Aujourd’hui, on donne la parole à Clem et Mumu, deux Franco-canadiennes de 31 et 34 ans. Elles sont les fondatrices des projets Les Petits Aventuriers et Voyage en roue libre. Ces deux projets sont nés à la suite d’un tour du monde de 14 mois qui a démarré en novembre 2014.

Les Petits Aventuriers est une chaîne YouTube sur la découverte du monde pour les enfants.

Voyage en roue libre est un projet pour aider les créateurs à devenir indépendants et nomades, puisque Clem est digital nomad et que Mumu est en processus pour le devenir.

Depuis l’an dernier, elles transforment un vieil autobus scolaire en studio de création et en cinébus. Elles racontent cette formidable aventure sur Youtube.

Comment êtes-vous devenues Canadiennes ?

Mumu : Je suis arrivée au Canada pour étudier. J’ai complété un double diplôme : master en marketing côté français et MBA en administration des affaires côté canadien. De visa en visa, j’ai fini par obtenir la résidence permanente, puis la citoyenneté après presque dix ans au Canada

Clem : J’ai décidé d’explorer le Canada à la fin de mes études, après avoir complété un master en design graphique. J’ai donc fait une demande de PVT, puis après de nombreux visas, j’ai obtenu huit ans plus tard la citoyenneté.

Pourquoi avoir acheté un bus scolaire ?

L’idée du bus scolaire nous trottait dans la tête depuis longtemps… Il faut dire que cela s’intègre parfaitement à notre projet Les petits aventuriers qui est destiné aux enfants de 6-12 ans !

Après deux ans à hésiter, on a finalement franchi le cap et on l’a acheté le 23 juin 2018. Nous avons contacté tous les transporteurs scolaires de la région pour savoir s’ils pensaient se séparer de certains bus à la fin de l’année scolaire. Le mieux est de commencer les recherches en avril-mai.

Après plusieurs visites de bus et inspections avec des mécaniciens, nous avons trouvé Elva. Nous ne voulions pas faire un achat sur un coup de tête et nous n’y connaissions rien en mécanique. D’autant plus que les bus québécois sont très rouillés lorsqu’ils sont accessibles à la revente. Au bout de 12 ans de service, les transporteurs scolaires n’ont plus le droit de les utiliser.

Pour acheter un bus, il y a  beaucoup de paramètres à prendre en compte : le budget, les normes à respecter pour la transformation, le permis, le stationnement, etc. On décrit toutes les étapes de l’achat.

Est-ce qu’il vous faut un permis spécial pour le conduire ?

Cela va dépendre de l’immatriculation du bus :

Si l’autobus est immatriculé comme un autobus, il faut prendre le permis Classe 2. Le permis Classe 2 te permet aussi de conduire les Classes 3, 4, 4A, 4B et 5 (camions porteurs, minibus, véhicule d’urgence et voitures).

Pour le moment, c’est notre cas, Mumu a donc passé le permis autobus. Cela coûte environ 1000 $.

Il faut passer le permis théorique qui est assez simple finalement, surtout si tu révises avec des QCM en ligne. Ensuite, tu as quelques heures d’observation de conduite et enfin les cours pratiques. Ce n’est pas trop difficile à passer, car les bus ont des boîtes automatiques maintenant, les véhicules avec un double embrayage sont rares.

Cependant, une fois que les sièges originaux sont arrachés, et que le bus repasse une inspection, tu ne peux plus l’immatriculer en autobus !

Si le bus est immatriculé en poids lourd, un permis Classe 3 va suffire.

Enfin, si le bus est immatriculé en véhicule récréatif, le Classe 5 (le permis voiture au Québec) est assez. Mais pour cela, il faut avoir fini la conversion.

Dans notre cas, on a trouvé plus simple et plus “safe” que l’une d’entre nous passe le permis autobus. Comme ça, Mumu est capable de le conduire, peu importe son immatriculation !

Quels sont les projets de rénovation que vous avez entrepris ?

Nous transformons cet autobus en studio de création et de production pour nos projets. L’autobus sera aussi un cinébus : il a vocation à diffuser nos contenus, mais aussi celui d’autres créateurs dans les différentes communautés que nous traverserons.

En réalité, l’autobus va tenir lieu à la fois de maison et de bureau-atelier. Nous l’aménageons également pour pouvoir emmener du monde avec nous et faire des formations photo/vidéo avec des circuits qui correspondent aux thématiques que nous proposerons.

Niveau travaux, c’est tout un défi ! La rouille nous a obligées à arracher une partie du plancher et deux traverses ! Nous devons donc apprendre à réparer la tôle, à souder, faire des finitions sur la carrosserie. Mais on va aussi devoir apprendre à faire la plomberie, l’électricité, la menuiserie et j’en passe ! C’est un énorme défi et nous essayons de partager au maximum tout ce que l’on apprend (et mine de rien, cela prend du temps !)

Quels sont les avantages et les inconvénients de entrepreneuriat en tant que digital nomade ?

Il y a de nombreux avantages à travailler comme créatrices nomades : le plus gros de tous est la flexibilité à tous les niveaux !

  • Tu n’as plus de comptes à rendre à ton patron et tu prends tes propres décisions.
  • plus d’horaires rigides, tu peux vivre à ton rythme et ça compte pour la santé ! Se réveiller naturellement, ça n’a pas de prix.
  • Tu peux choisir où tu veux travailler géographiquement et moduler ton lieu de vie selon tes revenus.
  • Tu choisis de travailler sur les projets qui t’intéressent dans les domaines qui te passionnent

Mais il y a quand même certains inconvénients si tu es mal préparé à la vie de freelance. Clem a fait pas mal d’erreurs pendant notre tour du monde. Maintenant, elle a une nouvelle approche, mais tu peux vite te retrouver à :

  • Travailler beaucoup et à ne pas compter tes heures
  • Subir beaucoup de stress, surtout au début, pour se lancer : le temps de monter sa communauté, trouver ses clients et partenaires, etc. Si tu n’as pas un coussin de sécurité suffisant, ton niveau de stress augmente chaque jour.
  • Avoir des revenus irréguliers.

Par contre, ce n’est pas une fatalité, tu peux être un freelance bien dans ta peau, qui travaille raisonnablement. Cela s’apprend !

Du point de vue du nomadisme, voyager est une source d’inspiration sans fin, cela t’ouvre un champ de possibilité énorme quand tu es un créateur. Par contre, ce statut est relativement récent : les administrations et les pays sont loin d’être au point et nous compliquent souvent la vie : impôts, admissibilité aux services de soins, etc.

Tu vis aussi à un rythme différent des autres voyageurs et tu peux te retrouver facilement isolé. Lorsque Clem devait travailler pour ses clients dans les auberges de jeunesse, elle était souvent regardée comme un extra-terrestre. C’était en 2015, mais lors de notre dernier voyage à Hawaï, nous avons croisé beaucoup de nomades digitaux dans les auberges. Les choses évoluent.

Des espaces pour nomades digitaux commencent aussi à se développer comme les colivings.

Il faut surtout apprendre à se connaître et adapter son rythme, et faire ce que l’on appelle du slow travel. C’est la leçon que nous avons retenue lors de notre voyage de 14 mois.

Est-ce que vous avez rencontré des difficultés à monter votre projet ?

Oui, nous avons eu plusieurs enjeux :

1- Nous avons eu du mal à nous structurer. De notre côté, ce n’est pas les idées qui manquent, si l’on ne s’impose pas un minimum de discipline, on part dans tous les sens !

Notre projet de vie a vraiment commencé à se dessiner pendant le tour du monde.

Clem avait démissionné de son poste de directrice artistique et de designer graphique pour pouvoir partir. Elle a commencé à travailler en freelance pour des clients français ou québécois en étant à l’autre bout du monde. C’est là que l’on a vu le potentiel d’être digital nomade. Après pas mal d’essais, elle a trouvé un équilibre pour avoir du temps pour ses clients et pour nos projets.

Du côté de Mumu, elle avait la chance de pouvoir prendre un congé sabbatique pour le tour du monde avec la garantie de retrouver son poste à notre retour. Elle l’a repris le temps que le projet devienne viable pour nous.

2- Parallèlement à ces activités, on a monté les chaînes YouTube. Nous avons aussi créé le blog Les petits aventuriers et avons développé le blog Voyage en roue libre : d’un petit blog destiné à nos familles et nos amis lors de notre voyage, nous l’avons fait évoluer pour qu’il s’adresse plus à un public intéressé par la vie de créateur nomade et de vanlife.

Donc, pour revenir à la question, le manque de temps est un de nos plus gros enjeux : entre les vidéos, les articles de blog, les podcasts et les contrats clients, on n’arrête pas une seconde !

3- L’argent : on ne s’en rend peut-être pas compte, mais convertir un bus c’est un budget ! Il faut au moins compter 25 000 $ pour cette conversion. Pour le moment, tout est autofinancé. Les vidéos des petits aventuriers ont aussi un coût de production non négligeable.

4- La peur de se lancer : au début, ce n’est pas naturel de se voir à l’écran ou d’entendre sa voix. Le secret, c’est de le faire, de l’annoncer publiquement et de publier ! Au fur et à mesure, tu t’améliores et tu vois ta progression.

Selon vous, est-ce plus facile de monter des projets entrepreneuriat nomade au Canada par rapport à la France ?

Je pense que les deux pays ont leurs avantages et leurs inconvénients . Par exemple, en France, il y a de nombreuses initiatives pour soutenir les entrepreneurs et les reconversions. Selon la nature de tes projets, tu peux aussi trouver plus facilement de subventions. Par contre, la fiscalité pour les indépendants peut vite devenir un casse-tête.

En France, quand tu as un CDI, c’est rare que tu le lâches ! Le marché du travail est différent aussi : si ça ne marche pas en France, c’est plus compliqué pour retrouver un travail rapidement.

Au Canada, la mentalité est définitivement à la responsabilisation des individus. Les gens quittent plus facilement leur emploi et ils en retrouvent plus facilement aussi. Donc cela incite davantage à la prise de risques. Les démarches pour monter une entreprise ou se mettre à son compte sont très simples aussi.

En fonction de la province où tu vis, tu as une protection sociale qui varie également. Ici pour toucher le chômage c’est plus complexe et les ruptures conventionnelles n’existent pas par exemple.

Vous avez lancé le projet Les Petits Aventuriers. Racontez-nous comment avez-vous eu l’idée.

Le projet Les petits aventuriers est né dans la forêt du Redwood National Park aux États-Unis pendant notre tour du monde. On y trouve les plus grands arbres du monde. Nous avons voulu faire une vidéo pour les petits neveux de Clem et leur faire croire qu’elle avait rétréci ! Plus loin dans la vidéo, on leur expliquait la particularité de ces arbres. Ce jour-là, Clem portait son fameux bonnet !

Nous avons constaté qu’il existait très peu de contenu de vulgarisation pour les enfants sur Youtube ! Et pourtant, les enfants sont la première audience de YouTube. Mais les contenus disponibles ne proposent souvent aucun contenu pédagogique : c’est surtout du divertissement sans finalité ou des unboxings…

La chaîne YouTube Les petits aventuriers était née : à travers ces vidéos, nous faisons découvrir le monde aux enfants en explorant les thématiques reliées aux endroits visités : l’histoire d’un lieu, la géographie, les sciences, la culture, les mythes et légendes, la faune et la flore, etc.

Depuis janvier 2019, nous avons également lancé un blog ou nous proposons des articles destinés aux parents ainsi que des activités pédagogiques en lien avec notre contenu.

Quel est l’objectif du projet Les Petits Aventuriers ?

L’objectif des petits aventuriers est avant tout de développer leur curiosité et de leur donner le goût d’explorer et d’apprendre par eux-mêmes. Les activités pédagogiques ont également pour objectif d’ancrer les notions dans le réel et de favoriser les échanges, que ce soit avec les parents ou avec d’autres enfants.

Pour nous, l’éducation est partout, dans chaque expérience d’un enfant, elle ne s’arrête pas à l’école. D’ailleurs, nous avons reçu des messages de plusieurs enseignants qui nous ont indiqué avoir utilisé nos vidéos en classe.

Il faut avant tout prendre en compte l’enfant et voir ce qui lui permet de développer sa curiosité, ce qui le motive et le rend autonome : cela peut être l’école, des livres, des vidéos ou encore des chasses au trésor !

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