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Le blog voyage by Chapka

Cap Vert : Santo Antão, l’île des randonneurs

Les conseils de Romain Hamon

Cet hiver, je me suis rendu au Cap Vert et plus précisément sur l’île de Santo Antão, paradis des randonneurs. Le « petit pays » cher à Cesária Évora est de plus en plus couru par les visiteurs en sac à dos. Ils apprécient sa diversité de paysages, sa douceur de vivre et l’accueil chaleureux des locaux. Ces derniers n’hésitent d’ailleurs pas à partager cette culture capverdienne unique aux influences afro-caribéennes.

Si vous venez surtout au Cap Vert pour randonner sur une courte durée, je vous conseille de ne pas vous disperser et de vous concentrer sur une seule île. Car bien qu’elles soient de petite taille, il n’est pas toujours évident de passer d’une île à une autre. Aussi, les sentiers de randonnée ne manquent pas, surtout si comme moi vous optez pour Santo Antão qui offre à la fois des paysages désertiques et verdoyants.

Mais avant de vous parler rando, commençons à nous intéresser de plus près à ce petit bout du monde.

Le Cap Vert, un archipel qui accueille les voyageurs à bras ouverts

Le Cap Vert est un archipel de dix îles volcaniques, situé au large de l’Afrique de l’ouest en plein océan Atlantique. Les îles se répartissent en deux séries. Au sud, les îles « sous le vent » : Maio, Santiago, Fogo et son volcan encore actif et enfin la petite Brava. Au nord, les îles au vent : Boa Vista, Sal, São Nicolau, l’inhabitée Santa Luiza, São Vicente et enfin São Antao, la plus à l’est, dernière escale terrestre avant la Transatlantique. Cette île est située à 450 miles nautiques des côtes sénégalaises.

Le Cap Vert, d’une superficie totale de 4 000 km², compte un demi-million d’habitants. La moitié vit sur l’île de Santiago, qui abrite la capitale Praia. A cela, il faut ajouter une diaspora d’environ sept cent mille Capverdiens répartis entre l’Europe (Portugal, France, Benelux, Suisse), le pays de l’Oncle Sam et les pays lusophones d’Afrique continentale. Même si certains insulaires estiment qu’ils ne s’investissent pas suffisamment dans leur pays d’origine, les expatriés jouent un rôle économique important pour les gains en devises. L’économie du Cap Vert dépend donc de sa diaspora mais aussi de l’aide internationale car l’agriculture et la pêche peinent à faire prospérer les îles. Le grogue, fierté capverdienne créé à partir de la canne à sucre, n’est que trop rarement exporté. On lui préfère en France des rhums antillais ou cubains.

Le tourisme semble à l’heure actuelle la meilleure option pour faire fructifier l’économie capverdienne. Le pays attire d’ailleurs de plus en plus de voyageurs. 760 000 voyageurs internationaux s’y sont rendus en 2018 et les autorités espèrent en attirer 3 millions à l’horizon 2030.

Il faut dire que le pays n’offre que des avantages au voyageur européen en quête d’évasion sans se ruiner : 4 aéroports internationaux, une jolie offre d’hôtels et de chambres chez l’habitant, des plages de sable fin sur certaines îles (Santiago, Boa Vista), des déserts de sel (Sal, Maio), des sentiers de randonnées exceptionnels autour des volcans et dans des champs de canne à sucre, notamment sur Santo Antão. Enfin, on retrouve au Cap Vert une identité culturelle forte avec une gastronomie variée (poissons, crustacés, poulet, légumes, féculents…), des styles musicaux uniques comme la mélancolique morna ou le tonique funaná et des événements originaux comme le carnaval de Mindelo.

Mindelo.

Vous l’aurez compris, voyager au Cap Vert, c’est un dépaysement assuré à seulement quatre heures d’avion de Lisbonne. C’est aussi une bonne opportunité de visiter un pays africain économiquement et politiquement stable.

Une identité capverdienne forte qui découle d’une incroyable mixité

Ils sont paisibles les Capverdiens, comme s’ils n’avaient jamais connu de guerre. A vrai dire, c’est le cas, l’archipel n’a jamais été en guerre…enfin si, pour la liberté et l’indépendance !

Les premiers à s’établir au Cap Vert furent les colons Portugais entre le quinzième et le seizième siècle. Avant cela, les îles étaient inhabitées. L’archipel commence à prospérer avec le commerce des esclaves, embarqués des côtes africaines à destination des Caraïbes. L’abolition de l’esclavage, effective à partir de 1866, est un coup dur pour l’économie capverdienne qui subit aussi de plein fouet des vagues de sécheresse. Les famines successives déciment les populations. Cinquante mille morts entre 1941 et 1948 dans l’indifférence générale.

Animés par un désir d’indépendance dès les années cinquante, les Capverdiens et les Bissaoguinéens prennent leur destin en main en manifestant contre le régime colonial portugais de Salazar. Malgré des répressions et l’assassinat de l’indépendantiste Amílcar Cabral en 1973, le Cap Vert et la Guinée-Bissau obtiennent leur indépendance en 1975, comme une continuité à la Révolution des Œillets survenue quelques mois auparavant au Portugal et mettant fin à la dictature. Les deux Etats frères voguent vers un avenir commun mais le coup d’état de 1980 en Guinée-Bissau enterre le projet d’union des deux pays.

Le Cap Vert vogue en solitaire depuis désormais quarante ans et arbore un nouveau pavillon depuis 1992 , année durant laquelle le monde découvre la « Sodade » de Cesária Évora et les premiers athlètes capverdiens aux JO de Barcelone.

Le Cap Vert est un petit pays mais avec un grand cœur ! Les habitants du Cap Vert, influencés par leurs origines ouest-africaine, portugaise, voire caribéenne, vivent en parfaite harmonie. Si le portugais est la langue culturelle, leur créole est l’idiome quotidien et le grogue leur élixir de plaisir…parfait pour ne pas trop sombrer dans la morna…

Voyage à Santo Antão, mode d’emploi

Si vous aimez la randonnée, c’est à Santo Antão qu’il faut se rendre. C’est un terrain de jeu de 780 km² avec une diversité étonnante : vallées verdoyantes, volcans, falaises escarpées, plages de sable noir, etc. Je vous recommande d’y passer au moins une semaine afin de profiter à fond.

On accède à Santo Antão uniquement en ferry depuis le port de Mindelo (île de São Vicente). Le trajet dure moins d’une heure. Il y a trois rotations par jour (départs à 7h00, à 11h00 et à 15h00 depuis Mindelo, tarif : 800 escudos, soit environ 7 €). Voilà pourquoi si vous souhaitez randonner à Santo Antão, on vous conseille de prendre un vol vers l’aéroport international de São Pedro (île de São Vicente) plutôt que vers l’aéroport international de Praia (île de Santiago). La compagnie aérienne portugaise TAP effectue quotidiennement des liaisons Paris-Lisbonne, puis Lisbonne-São Pedro.

Le gouvernement capverdien réfléchit à l’idée de créer un aéroport international sur Santo Antão mais se heurte à la résistance des écologistes qui veulent éviter la bétonisation de la plus belle île de l’archipel.

L’arrivée en ferry sur Santo Antão se fait dans la jolie ville de Porto Novo. Des taxis et des véhicules collectifs (les aluguers) seront là pour vous accueillir au débarquement. Pour votre information, un taxi privé coûte environ 6 000 escudos pour vous emmener dans la vallée de Paul par la route centrale (55 €, c’est tout simplement hors de prix !), environ 4 000 escudos en prenant la route côtière (36 €, n’hésitez pas à négocier) et enfin 400 escudos par personne en aluguer (3.65 €). La différence avec le taxi, c’est que l’aluguer ne démarre que quand il est complet. Il peut faire des détours à droite ou à gauche pour déposer des gens et en reprendre. Dans l’ensemble, c’est une chouette expérience mais mieux vaut ne pas être trop pressé. Pour l’anecdote, j’ai notamment attendu 45 minutes devant l’hôpital de Porto Novo que le médecin autorise la sortie d’une petite vieille qui devait absolument prendre l’aluguer avec nous.

Porto Novo.

Les meilleures randonnées à faire à Santo Antão

La randonnée côtière de Tarrafal à Monte Trigo

A l’extrémité ouest de Santo Antão, cap sur le village de pêcheurs de Tarrafal. Il semble isolé du reste de l’île, or Tarrafal se rapproche de plus en plus de Porto Novo grâce à la rénovation de la route. Comptez tout de même 1h30 de trajet, dont 45 minutes de piste. Prix : 700 escudos par personne en alugueur (env. 6,50 €).

J’ai clairement eu un coup de cœur pour Tarrafal. Juste avant d’entrer dans le village, il y a une grande et jolie plage de sable noir. On s’y baigne très facilement, c’est un pur bonheur.

La randonnée la plus populaire part de Tarrafal et rejoint par la côte un autre village de pêcheurs, Monte Trigo. C’est une marche sur un sentier rocailleux à flanc de montagne. Elle dure quatre heures et est assez difficile car peu ombragée. Il faut donc partir tôt.

Le sentier de randonnée.

La récompense se trouve à la fin : la plage de galets de Monte Trigo où vous pourrez vous baigner. Un restaurant avec balcon fait face à la mer et vous propose de déguster le résultat de la pêche du jour. Un festin !

Les bateaux de pêche de Monte Trigo.

Il est possible (et même recommandé) et retourner à Tarrafal par la mer. Vous pouvez organiser votre retour en vous mettant d’accord au préalable avec un pêcheur de Tarrafal ou directement sur place avec un pêcheur de Monte Trigo (45 minutes de traversée. Prix : env. 4 500 escudos par bateau, soit env. 40 €).

Où dormir à Tarrafal ? A l’entrée du village face à l’océan, il y a le très couru Mare Tranquilidade. Comme il était un peu cher, nous avons dormi dans la Kaza Ladera. Sur les hauteurs du village, cette maison blanche avec terrasse offre un joli panorama sur la baie.

La vallée de Paul

Qu’elle est verdoyante cette vallée de Paul ! On comprend enfin pourquoi le Cap Vert se nomme ainsi. De l’improbable cratère Cova jusqu’à l’océan, on retrouve de nombreuses cultures en terrasse autour de petits villages. L’occasion aussi de découvrir d’inombrables bananiers, papayers, goyaviers, manguiers et des arbres à pain.

Mon conseil : trouvez-vous un petit hôtel ou une chambre chez l’habitant dans la vallée et randonnez avec votre pique-nique. Nous avons pour notre part loger à la Casa Maracuja. Elle dispose de superbes « cases », d’une pistache (piscine), de punchs fruités au bar et de soirées dansantes certains soirs de la semaine.

Parmi les randonnées à réaliser dans la vallée de Paul, plusieurs retiennent mon attention :

La descente du cratère de Cova. Cette randonnée commence au mirador. On s’enfonce dans une petite forêt de pinède et on découvre enfin cet impressionnant cratère végétal (1 166 m). On en fait le tour par la gauche et on arrive enfin devant la vallée de Paul. La vue est incroyable. Les cultures en terrasse se devinent au loin. Il faut ensuite entreprendre une descente en lacet pour rejoindre la Casa Maracuja. Comptez 2h30 pour cette randonnée.

Le cratère de Cova.

La balade dans les cultures autour de Cha de Padre est tout aussi incroyable. On remarque à quel point les habitants travaillent durement dans les champs.

Un autre sentier de randonnée mène vers les hauteurs de la vallée, direction le Pico de Antonio, puis l’antenne radiophonique de l’île. Après l’effort et avant le réconfort, descendez vers l’océan. En chemin, on découvre quelques villages comme Boca di Figueiral. L’arrivée à Pombas, station balnéaire, donne l’occasion de boire une petite bière avec vue sur les vagues de l’Atlantique. Une fois rassasié, on peut se faire ramener en aluguer. Comptez 5h pour cette randonnée.

randonnée au cap vert, santo antao
La vallée de Paul et l’océan au large.

Autre randonnée possible : l’ascension du Pico Da Cruz (1 585m).

La randonnée côtière de Cruzinha à Ponta do Sol

Dans le nord de l’île, il y a deux villes balnéaires distantes d’à peine cinq kilomètres : Ponta do Sol et Ribeira Grande. A mon humble avis, mieux vaut résider à Ponta do Sol qui est clairement plus charmant et vivant. Je vous recommande de poser votre sac à dos à la Kasa Tambla ou à Casa D’Mar. Sur le rooftop du D’Mar, vous avez une belle vue sur…une piste d’atterrissage qui borde l’océan. En effet, la ville abritait autrefois un aérodrome. Comme il est difficile d’atterrir à cause des vents, sa désaffection fut amorcée dans les années 90.

Une des randonnées les plus sympathiques à effectuer part de Ponta do Sol et file jusqu’à Cruzinha. 12 kilomètres de balade côtière avec tout de même quelques gros dénivelés. Vous pouvez aussi pousser dans les terres jusqu’à Cha de Igreja, un village reculé avec une église blanche (auquel cas, la balade passe à 16 kilomètres).

Nous avons choisi d’effectuer la randonnée dans le sens inverse. Nous nous sommes fait déposer à Cruzinha (moyennant 4000 escudos en taxi) et avons marché jusqu’à Ponta do Sol. En chemin, nous avons pu observer des plages de sable noir en contrebas, les ruines d’Aranhas, des dykes et de somptueux villages (Formiguinhas, Corvo, Fontainhas) où il est possible de se restaurer. 4h de randonnée au programme.

Fontainhas.

Où manger à Ponta do Sol ? Il y a du choix dans cette ville ! Pour l’anecdote, j’y ai laissé un bout de dent en croquant dans une cachupa, un ragoût traditionnel composé de haricots secs. Je ne recommande donc pas trop les restaurants avec vue sur l’océan que sont le Musica do Mar et la Caleta (qui m’a servi un Yassa qui baignait beaucoup trop dans les citrons confits). Où se rendre alors ? Le Gato Preto, bien qu’un peu chic, vaut le détour. Si vous trouvez qu’il manque d’ambiance, filez ensuite chez Betty prendre un grogue (Bukinha Salgod sur Google Maps).

La vallée de Xoxo

Une vallée verdoyante qui n’a rien à envier à celle de Paul. La vallée de Xoxo (prononcez chaud-chaud…ça tombe bien car il n’y fait pas froid-froid) est luxuriante et ses pics rocheux sont encore plus impressionnants.

La casa Xoxo (à environ 400m d’altitude) est l’établissement idéal pour se poser et préparer ses randonnées. La balade la plus sympa consiste en un tour à travers les crêtes. Au départ de Xoxo, vous montez vers les villages de Lombo de Pico (son pic est incroyable), puis à Rabo Curto (env. 500 m d’altitude). A l’entrée du village, prenez à droite entre deux maisons et traversez les cultures en direction de Losna, un autre hameau. C’est une pause fraîcheur appréciée avant une remontée à gros dénivelé. Au mirador Faja de cima, vous approchez les mille mètres d’altitude mais obtenez un panorama splendide sur les villages précédemment passés en contrebas et l’océan au loin.

La vallée de Xoxo.

Au retour vers Xoxo, il y a la possibilité d’observer une cascade, aux abords du village de Vinha. Si vous êtes davantage tenté par une pause bière, rendez-vous plutôt vers le village de Marrador où vous trouverez le troquet Melicia. Pour info, le service est un peu long…

Dans le centre de l’île

Petit plaisir de fin de vacances, nous avons passé deux nuits dans le centre de l’île, dans le hameau de Quinta Cochete, non loin des villages de Cha da Morto et de Curral das Vacas. On y découvre une somptueuse maison d’hôtes, tenue par Dominique et Jacques, un couple franco-suisse. Un havre de paix où les chambres sont spacieuses, avec balcon ou terrasse, et décorées avec goût. Le salon dispose d’un bar et d’une bibliothèque. On ne résiste pas à l’envie de se plonger dans un livre à l’ombre d’un arbre. Dehors, un beau jardin avec vue sur les montagnes, un couloir de nage, un poulailler et un grand potager (comptez env. 100 € par nuit avec le petit-déjeuner et le dîner pour deux personnes).

L’endroit tout indiqué si vous voulez randonner autour de l’Alto Mira III. Avec la fatigue, nous avons privilégié une balade plus tranquille autour du Mato, un mont de 950m. Comptez trois heures pour en faire le tour.

Le Mato en arrière-plan.

Bonus : le tour des boissons du Cap Vert

Coca-Cola : en bouteille, format 35cl, un pur bonheur d’après randonnée. Il ne met pas longtemps à être englouti. Prix : 100 escudos pour 35 cl.

Bière : la Strela, en version normal (5.6°) ou kriola (plus légère, 5°), sont des blondes de type pils, qui ne vont donc clairement pas vous retourner la face. Cependant, elles font du bien en fin de randonnée. La Super Bock importée du Portugal est tout aussi appréciée. Prix : 150 escudos pour 25cl.

Vin du Cap Vert : je n’ai pas eu l’opportunité de goûter le rouge. Le blanc sec est passé comme une lettre à La Poste. Prix : environ 15 € la bouteille si mes souvenirs sont bons.

Grogue : le petit digeo qui fait du bien en fin de soirée. Privilégiez le grogue vieux (velha) au jeune. Il est plus ambré et bien meilleur. Prix : 150 escudos pour le jeune, 250 escudos pour le vieux. Le prix de la qualité mon pote !

Ponche de mel : grogue + mélasse (extrait de canne à sucre). Forcément, c’est beaucoup trop sucré. Prix : 150 escudos.

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