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Le blog voyage by Chapka

Brèves de van – Les Cahiers Vagabonds en PVT Australie

Article rédigé par Marc Nouaux. Photographies de Mélissa Pollet-Villard. Blog Les Cahiers Vagabonds.

« Glissez une petite enveloppe, c’est tout »

South Australia

Après-midi d’octobre. C’est un frais printemps qui accompagne nos premiers tours de roues sur Kangaroo Island. Nous sommes en Australie depuis une semaine et avons le van depuis à peine vingt-quatre heures, nous ne sommes donc pas encore rompus aux habitudes des campeurs. Nous suivons une application sur le smartphone qui indique les différents campings aux alentours. Il n’y a pas de freecamp sur l’île, ces endroits où l’on peut passer la nuit gratuitement. Nous choisissons donc le petit camping situé à American River, un hameau qui abrite un bar à huîtres, quelques maisons, un petit terrain de foot, un port de pêche dans lequel se baigne une otarie solitaire et le camping.

Lorsque l’on débarque sur ce petit campement, nous ne trouvons pour seul bureau d’accueil qu’un horodateur de ville. La machine est cassée, impossible de payer sa nuit. Seule option, déposer de l’argent en liquide dans une petite boîte disposée à cet effet. Nous peinons à croire que la nuit peut être réglée ainsi. Un couple en balade nous encourage : « cela marche à la confiance, c’est du bon sens. Vous glissez une petite enveloppe dedans, c’est tout. » Après avoir vécu en Tunisie, un pays d’embrouilleurs, en Argentine, où l’escroquerie est une pratique quotidienne et en France où l’honnêteté reste à démontrer, je ressens ici mon premier grand décalage culturel. Alors, vous pensez que je l’ai mis ce billet dans la boîte ?

Œil pour œil, caca pour pipi

South Australia

La nuit en forêt est propice aux rencontres : vers minuit, alors qu’une envie pressante m’oblige à quitter le van, je m’avance vers les premiers arbres, lampe frontale vissée sur le crâne. Une fois bien identifiée la zone pour uriner, j’ose tourner la tête afin d’évaluer le contexte, alors que les arbres s’agitent autour de moi dans un bruit d’épouvante créé par un fort vent. Une petite tête de wallaby se dresse sur ma droite, à moins de trois mètres. Tout en poursuivant sa mastication nocturne, le marsupial ne me quitte pas des yeux malgré la présence de cette torche qui aurait pu le déstabiliser. Nous nous échangeons plusieurs regards au cours de ma pause-pipi et je devine un brin de curiosité chez cet animal gourmand qui était tout simplement en train d’échafauder un plan de vengeance : en me réveillant le matin, le pied du van est jonché d’excréments. Je crois que c’était pour lui une façon de me dire : « tu urines devant moi pendant que je mange, je défèque devant ta portière pendant que tu dors ».

Il en a une belle poche celui-là ! ©Mélissa Pollet-Villard

Poignée de porte cassée

Victoria

Pendant quatre mois, le temps d’une vie sédentaire dans une maison à la campagne, le van a été utilisé comme un véhicule classique et il a fonctionné parfaitement. Juste avant de partir, nous l’avons amélioré, réaménagé et fait vérifier chez le mécanicien : « ok pour la route ». Le matin du départ, alors que tout est parfaitement en place, la poignée extérieure de la porte coulissante décide de ne plus fonctionner. Forcément, c’est la poignée la plus importante lorsque l’on vit dans un van… Un peu pressés par le temps, nous devons reporter à plus tard la réparation. Nos temps de passage sont limités car un ami est avec nous, le voyage doit donc être assez rapide, il n’y a vraiment pas le temps pour s’arrêter réparer. Alors, on s’adapte, on se met à quatre pattes à l’avant pour allonger son bras et tirer depuis l’intérieur. On laisse parfois ouverte la fenêtre latérale pour la faire coulisser et ainsi ouvrir depuis l’extérieur. C’est finalement lorsque l’on a le plus besoin de quelque chose que tout se met à défaillir. S’adapter est un maître-mot quand on vit dans un véhicule. Savoir réparer vite demeure toutefois une bien meilleure qualité. Aujourd’hui, pandémie oblige, nous sommes rentrés nous confiner dans notre ancienne maison au lieu de poursuivre notre voyage. La poignée, elle, est toujours cassée.

La tambouille et la play-list du routier

Queensland

Nous passons la nuit à Montecristo Rest Area, une aire de repos où le camping est autorisé. L’aire est un grand rectangle en bord de nationale, autour duquel sont déjà garés une demi-douzaine de véhicules de camping. Il y a bien quelques arbres qui isolent de la route principale mais pour le reste, l’aire est encerclée de champs. La nuit est tombée lorsqu’un gros camion se gare le long de notre véhicule. C’est un fameux road-train de presque trente mètres, ces camions à plusieurs remorques qui traversent l’Australie, un géant de lumière, bruyant et étourdissant. L’atmosphère est fraîche et douce, les étoiles entament leur ballet, le ciel dégagé leur offrant une scène somptueuse.

Le routier s’avance vers nous, gilet orange, casquette vissée sur la tête, petite barbe. On distingue à peine son visage maigrichon dans l’obscurité à peine percée par les lumières de son camion. Il semble avoir la cinquantaine, les yeux fatigués et solitaires. Il a la voix rauque du gros fumeur et du gars qui a le rire gras dans le fond du pub. Il nous demande un peu d’eau pour se faire sa tambouille. Il a une posture de travailleur stressé, besogneux, qui a peur de déranger. Il fait preuve d’une politesse un peu bourrue, c’est un homme qui n’a pas un poil d’artifice quand il s’exprime. Je lui verse un peu d’eau dans sa petite bouilloire et il file entre la remorque et la cabine, au-dessus des roues. Il tire un système électrique, branche ses plaques à la batterie et chauffe de l’eau pour son café tout en faisant revenir une portion de haricots au bacon dans une casserole.

Avachi dans sa petite chaise de camping, notre routier a les cannes allongées sur ses pneus, tire parfois sur sa cigarette et profite de la playlist qui tourne depuis la cabine, dont il a laissé la porte ouverte. D’abord, cette ode funèbre de Terry Jacks, Seasons in the sun. La chanson, langoureuse, dramatique, berce les étoiles et s’évanouit dans le vent qui se fait entendre entre les couplets. Les feuilles roulent sur le goudron, les camions des routiers noctambules qui ne font pas de pause ronronnent sur la route nationale.

« We had joy, we had fun, we had seasons in the sun », répètent les enceintes qui reprennent le refrain de la chanson tandis que le gros chien de la caravane d’à côté se met à grogner, troublé par l’obscurité. Son maître lui fait faire des ronds sur le parking, corde dans la main droite et énorme lanterne blanche dans la main gauche. Au rythme du refrain qui passe en boucle, le vent nous rapporte les « Come on tss, come on tss !! » du maître qui invective le chien. Il y a du Tarantino dans cette scène qui est d’une intensité incroyable. Le refrain, interminable, participe à créer une atmosphère propice au déclenchement d’un événement sur ce parking qui est un parfait décor pour un fait-divers.

(très) gros camion ©Mélissa Pollet-Villard

Cet instant s’achève alors brutalement sur un pathétique final : je recrache énergiquement la mouche qui s’était noyée discrètement dans mon verre de vin. Je m’inonde les pieds de Merlot, tandis que le routier grille une dernière clope de digestion avant de repartir. Sa playlist est porteuse d’espoir pour sa nuit : « I can see clearly now », version Jimmy Cliff, l’accompagne alors qu’il est en train de scruter son téléphone, dont le fond d’écran laisse entrevoir une photo de lui devant son camion, fierté qui l’accompagne partout dans cet immense pays. Il est calé sur sa chaise, repu, profitant de ces instants rares où la vie vous dote de plaisirs simples et éphémères. La solitude des routiers peut parfois emprunter des chemins poétiques.

Il en a déjà terminé avec son court repos, il débranche son matériel, range sa chaise. La playlist crache maintenant un « voulez-vous coucher avec moi ce soir ? ». Maigre évasion pour lui qui vérifie brièvement son camion, se plonge la tête dans la roue pour un contrôle nocturne. Avant de repartir, il revient vers nous, remercie encore une fois pour l’eau, propose des biscuits en guise de monnaie d’échange. C’est aussi sa façon de chercher un peu de contact humain après avoir aimé son plaisir solitaire d’un dîner à la belle étoile. Il évoque les dix heures de voyage vers le nord où il doit se rendre avant demain matin. Les routiers aiment parler, raconter leur besogne, raconter chez eux, cet endroit qui n’est qu’une parenthèse dans leur vie nomade. Notre ami ne s’attarde pas, grimpe dans la cabine, fait ronfler son moteur. Et ses enceintes reprennent de plus belle alors qu’il quitte le parking : « by the rivers of Babylon, there we sat down… »

Apéro kang

South Australia

Parfois, ce sont les moments et les endroits les plus simples qui sont les plus marquants. C’est un soir quelque part sur Kangaroo Island dans un camping désert au cœur d’une forêt après une délicieuse randonnée. De l’autre côté du chemin, à l’orée d’une clairière, nous apercevons des dizaines de kangourous sortis pour un festin. Nous prenons une bière chacun, nos chaises pliantes et traversons le chemin. Là, pendant une bonne heure, affalés sur nos sièges, nous observons le spectacle offert par la faune locale : les kangourous s’affairent avec passion et, au milieu de leurs pattes, trottent quelques perroquets blancs à col rose qui s’offrent aussi un petit repas avant la nuit. Comme eux, nous ne perdons pas une miette et profitons de cette cohabitation que l’on ne peut voir qu’en Australie. Moment unique, plaisir simple.

Les marsupiaux sont de sortie ©Mélissa Pollet-Villard

Mouches

Queensland

La faune australienne a cette particularité qu’elle est très attachante. On aime passer du temps à observer koalas, kangourous, perroquets ou wombats, si on a la chance d’en trouver. Mais il existe d’autres animaux, ceux qui sont du genre collants : les mouches. En Australie, plus on s’éloigne de la côte, plus on traverse des régions sèches. Et les mouches, dans ces zones arides, sont terribles. Elles s’agitent autour de vous et viennent se coller partout sur votre corps, à la recherche d’un peu d’eau. Pire, elles entrent par les orifices du visage et pénètrent le nez, les oreilles ou la bouche. « Ferme la bouche ou tu vas gober les mouches » est une expression qui a certainement vu le jour dans ce pays. Lorsqu’on est en van, chaque pause devient un combat contre ces insectes de malheur. Gare aux conséquences si on laisse la vitre ouverte lorsqu’on ralentit… Le soir, tant que le vent ne se lève pas, c’est par centaines qu’elles se faufilent dans l’habitacle pour vous pourrir la nuit. Et le matin, il vaut mieux écourter le petit-déjeuner et se faire chauffer le café en route car elles agressent dès le lever du jour. Une fois le véhicule démarré et lancé à pleine vitesse, ces ahuries restent collées au pare-brise, impossibles à éjecter par les fenêtres. On doit donc les garder en observation en priant pour qu’il n’y ait pas d’arrêt forcé. Au bord des voies, les gars qui font les travaux sont équipés d’un casque avec voile intégral pour se protéger. Bon, j’avoue que ce ne doit pas être des plus simples pour le repas du midi ou pour le café. Sales mouches.

à toute berzingue ! ©Mélissa Pollet-Villard

« No vacancy »

New South Wales

Le van est un outil de liberté. A condition d’avoir les moyens de remplir le réservoir, on peut se déplacer où l’on veut et quand on veut. Pour dormir, il suffit de trouver un camping ou une aire de repos où le stationnement nocturne est autorisé. Réserver à l’avance, pourquoi faire ?

C’est un samedi de mars, en fin d’après-midi, que nous arrivons à Byron Bay, la mythique petite ville de la côte est. Dans le van, avec nous, notre ami Rémi venu de France pour nous voir. Comme il n’y a que deux places pour dormir dans le camion, il doit réserver un logement indépendant. Il constate que les sites de réservation en ligne ne proposent plus un seul logement à moins de 400 €. On se dit qu’on trouvera plus facilement sur place et on plaisante en disant que « c’est exceptionnel mais tout est overbooké à Byron Bay pile ce soir ».

Lorsque nous entrons dans la ville, la plaisanterie ne nous fait plus rire : « no vacancy » est écrit sur tous les panneaux d’hôtels et de backpackers. A la réception d’un camping, un gars nous dit en français : « ouais, je ne sais pas ce qu’il se passe mais tout est complet à Byron Bay ce soir, on n’a jamais vu ça. » La tournée des campings est infructueuse. Le terme « no vacancy » est sans appel et pas question de faire du camping sauvage dans une zone très étroitement surveillée par la police. Seule alternative si on ne trouve rien, rouler de nuit dans la campagne australienne, ce qui est déconseillé et assez incertain. Après deux heures de doutes, alors que la nuit est noire, un camping nous propose de prêter une tente trouée pour notre ami et de louer deux emplacements, avec électricité obligatoire alors que l’on ne va pas l’utiliser. C’est cher pour ce que c’est mais on n’a pas le choix. Rémi prend l’eau et ne ferme pas l’œil de la nuit. En plus d’être un week-end exceptionnellement prisé pour la période, c’est un weekend exceptionnellement pluvieux à Byron Bay. La liberté apporte parfois son lot de surprises.

« Attends, y’a un camion qui passe »

New South Wales

Un freecamp en bord de route nationale, au cœur du New South Wales, pour notre dernière nuit en van avant de rentrer se confiner. Il y a nous et personne d’autre, même pas une mouche, peut-être des koalas ou des kangourous cachés. On n’a pas appelé les copains de France depuis un moment. Dans la nuit noire, on se débouche un petit peu de vin rouge et on lance l’appel vidéo. Les conditions sont réunies pour un peu de réconfort dans un contexte pesant pour tous. Toutes les deux minutes, un vrombissement transperce le calme de la nuit australienne : « attends, tu peux répéter s’il te plaît ? Y’a un camion qui passe. » La magie de la route qui s’achève.

Interdiction de dépasser ©Mélissa Pollet-Villard
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1 commentaire

Marie
Marie

25 avril 2020

Quand la réalité dépasse la fiction!!! Magnifique description accompagnée de photos sublimes. C'est tellement puissant que nous sommes dans le van avec vous.
Merci pour ce merveilleux partage.

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