La littérature voyage nous fait une promesse, celle de partir loin sans quitter son canapé. Plutôt que de revenir sans cesse aux classiques du genre, nous avons eu envie de piocher dans les nouveautés et de vous proposer 10 livres d’écrivains voyageurs, les meilleurs récits de voyage sortis récemment, à glisser sous le sapin pour les fêtes de fin d’année. Sans plus attendre, voici notre sélection.
Des avenues et des panoramas – Romain Hamon : le plus drôle
Romain Hamon revendique son statut de « voyageur du dimanche » et prouve que le récit de voyage n’est pas réservé aux aventuriers de l’extrême. À mi-chemin entre explorateur intrépide et touriste maladroit, il raconte avec humour ses péripéties : dragons de Komodo rencontrés avec un guide aphone, vie d’expatrié à Buenos Aires, nuits fiévreuses au Liban, escale cauchemardesque à Dallas… Porté par une curiosité tenace, Des avenues et des panoramas devient moins un carnet d’exploits qu’un recueil d’anecdotes savoureuses et de questions sur le monde qui nous entoure.
Des avenues et des panoramas, Romain Hamon, Les Impliqués (L’Harmattan) 258 pages, 27 €
Le chuchotement des pierres – Colette Poggi : le plus méditatif
Colette Poggi interroge notre capacité à écouter un monde en défaillance et propose un voyage fait de marche, d’écoute et de contemplation. Des calanques de Luminy à la Sainte-Baume, du maquis corse au ciel de l’Inde et du Japon, chaque lieu devient une étape d’une méditation en mouvement, à la recherche d’une unité avec le vivant, le minéral, l’animal et le cosmos. À travers ces expériences et rencontres, Le chuchotement des pierres propose une philosophie incarnée qui réconcilie pensée et présence, contemplation et action, et ravive la joie simple d’habiter la Terre avec justesse.
Le chuchotement des pierres, Colette Poggi, Equateurs, 153 pages, 16 €
Petit traité sur l’immensité du monde – Sylvain Tesson : le plus philosophique
Sylvain Tesson parcourt le monde à pied, à cheval, à vélo ou en canot, des steppes d’Asie centrale aux forêts françaises, pour ralentir la fuite du temps et retrouver l’enchantement. Dormant au sommet de Notre-Dame, dans un arbre ou sous un pont, il prône un nouveau nomadisme, un vagabondage joyeux à rebours de nos sociétés hyperconnectées. Ce Petit traité sur l’immensité du monde devient un précis de désobéissance naturaliste, une philosophie de poche buissonnière et romantique contre l’ordre établi.
Petit traité sur l’immensité du monde, Sylvain Tesson, Equateurs, coll. « Littérature », 192 pages, 24 €.



Sur le fleuve – Eduardo Cortés : le plus contemplatif
Édouard Cortès entre en forêt la hache à la main, décidé à creuser un chêne pour en faire un canoë et descendre la Loire, pagayant d’île en île avec son chien. Plutôt que de se lamenter sur le monde, il choisit le retour aux gestes simples, à la rivière, à la lenteur. Au fil du fleuve, il explore la nature dehors et la vie dedans, signant un récit à la fois léger et puissant sur la liberté retrouvée.
Sur le fleuve, Eduardo Cortés, Equateurs, 304 pages, 22.50 €
L’autre rêve américain – Damien Delorme : le plus désanchanté
Damien Delorme traverse à vélo 10 000 km de Miami à Vancouver et fait de ce voyage une véritable expérience philosophique, écologique et spirituelle. En suivant une « ligne verte », il va à la rencontre d’écotopies où citoyens, activistes et agriculteurs inventent d’autres manières de vivre, en marge du capitalisme extractiviste. Son récit interroge sans cesse : comment renouer avec la nature à l’heure de la crise écologique, que faire individuellement et collectivement ? Entre pensées écolo-libertaires, écoféministes et décoloniales, ce cycliste philosophe propose un voyage qui transforme autant notre regard sur le monde que notre propre « soi écologique ».
L’autre rêve américain, Damien Delorme, Actes Sud, coll. « Voix de la Terre », 352 pages, 22.50 €
Marche au pays réel – Samuel Lalande-Markon : le plus géopoétique
Samuel Lalande-Markon relève le défi de traverser le Québec du sud au nord, soit 3 000 kilomètres à vélo puis à ski, à travers forêts, étendues glacées et longs silences. En arpentant ces territoires peu présents dans nos imaginaires, son itinéraire géographique devient une exploration humaine, à la rencontre des peuples autochtones. Nourri de références historiques, linguistiques, littéraires et musicales, ce récit compose peu à peu une fresque sensible d’un territoire habité « de corps et d’esprit », qui ne se regarde plus jamais de la même manière.
Marche au pays réel, Samuel Lalande-Markon, Arthaud, 368 pages, 21 €



Il était une fois l’Ouest sauvage – Pauline Quierzy : le plus sportif
Convaincue que l’harmonie existe quelque part, Pauline Quierzy s’élance avec son compagnon Frédéric sur le Continental Divide Trail, 5 000 km à pied le long de la ligne de partage des eaux entre Mexique et Canada. En six mois à travers les Rocheuses du Nouveau-Mexique, du Wyoming, de l’Idaho, du Montana et du Colorado, ils affrontent une nature rude et solitaire. Au-delà de l’exploit sportif, ce périple devient retour à l’essentiel, immersion dans l’Amérique profonde et plongée dans l’histoire du Far West, portée par un immense amour pour les grands espaces nord-américains.
Il était une fois l’Ouest sauvage, Pauline Quierzy, Transboréal, 980 pages, 27.90 €
Le marin qui n’avait jamais perdu le nord – Zoé Lamazou : le plus océanique
Zoé Lamazou retrace la vie incroyable de Sébastien Roubinet, enfant sauvage des Cévennes devenu marin des hautes latitudes à bord de ses propres catamarans polaires. Entre cabanes, bateaux bricolés, banquises, tempêtes et hivernage en famille sur la côte est du Groenland, il invente sa manière de naviguer et de (sur)vivre. Sous la plume complice de l’autrice, ce portrait d’un autodidacte visionnaire devient à la fois roman d’aventures, manuel de survie en milieu polaire et réflexion sur le voyage et nos futurs.
Le marin qui n’avait jamais perdu le nord, Zoé Lamazou, Paulsen, 208 pages, 21 €
Nakorsaq, médecin au Groenland – Annie Kerouedan : le plus glacial
Annie Kerouedan, médecin normande devenue nakorsaq au Groenland, raconte onze années passées parmi les Inuit, d’abord à Paamiut puis à Uummannaq, entre icebergs, aurores boréales et expéditions en bateau ou en traîneau à chiens. Au-delà de la pratique médicale, elle dévoile les blessures d’un peuple (enfants envoyés de force au Danemark, alcoolisme, malaise des jeunes) mais surtout l’attachement profond qu’elle lui porte. Un témoignage rare, à hauteur de patients, sur la vie inuit contemporaine.
Nakorsaq, Médecin au Groenland, Annie Kerouedan, Transboréal, 336 pages, 13.90 €



Alaska, sur la piste de Telaquana – Eliott Schonfeld : le plus sauvage
Sur les traces de Richard « Dick » Proenneke, qui vécut trente ans en autarcie dans une cabane perdue en Alaska, Eliott Schonfeld part à la recherche de ce refuge au bout du monde. Guidé par les carnets du vieil homme, il remonte une ancienne piste des Indiens Denai’na et découvre une nature libre, foisonnante, peuplée de grizzlys, de loups et de caribous. Ascensions, rivières torrentielles, face-à-face avec la faune : son aventure, aussi physique que spirituelle, devient un plaidoyer vibrant pour la défense de ces espaces sauvages aujourd’hui menacés.
Sur la piste de Telaquana, Eliott Schonfeld, Payot, coll. « Voyageurs », 192 pages, 18 €





