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Le blog voyage by Chapka

Taïna, journaliste scientifique, nous raconte ses expériences de vie en Egypte et au Soudan

Taïna Cluzeau, journaliste scientifique a quitté sa routine quotidienne en septembre 2018 pour voyager tout en mettant en avant les chercheurs des pays qu’elle traverse. Le plus important pour elle en voyage, ce sont les rencontres humaines et la richesse qu’elles apportent. Elle nous raconte ses aventures en Egypte et au Soudan.

Comment avez-vous eu l’idée de partir à la rencontre de scientifiques partout dans le monde ?

De par ma profession, je m’intéresse particulièrement à la recherche scientifique et depuis pas mal d’années déjà j’ai remarqué que les informations concernant le domaine scientifique ne nous parviennent en occident que depuis les Etats-Unis, l’Asie et l’Europe, depuis un nombre réduit de pays. Comme si les autres nations ne produisaient aucun contenu scientifique, comme si elle n’étaient à l’origine d’aucune découverte. C’est faux, bien sûr. Il existe en fait un biais très problématique chez les médias occidentaux qui consiste à ne mettre en avant que les nouvelles les plus tragiques lorsqu’ils traitent de pays qu’ils qualifient de « sous-développés » ou « en développement ». Pour résumer, et en particulier concernant l’Afrique où je suis actuellement, les médias n’abordent généralement que trois thématiques : la pauvreté, la maladie et la guerre. Une vision complétement faussée de pays où les habitants vivent leur vie quotidienne, jour après jour, comme vous et moi. Résultat, en France et en Occident en général, nous avons une vision très négative de ces pays qui nous font même souvent peur. En médiatisant la recherche scientifique existant dans ces états, je souhaite montrer un autre visage que celui traditionnellement diffusé par les médias. Souvent mes interlocuteurs sont très surpris quand je leur raconte les recherches scientifiques en cours dans tel ou tel pays, jamais ils n’auraient imaginé cela possible et cela participe à changer les représentations qu’ils en avaient.

Comment faites-vous pour entrer en contact avec des scientifiques ?

En Egypte, je les ai rencontré assez facilement en fait. Contrairement en France où tout est beaucoup plus protocolaire (même si en tant que journalistes nous avons un accès privilégié aux chercheurs), il suffit souvent d’un petit coup de fil ou d’un email pour que l’on vous reçoive afin d’écouter la nature de votre projet. Les gens sont très ouverts d’esprits et j’ai l’impression qu’il y a moins de risque d’obtenir un non de principe comme cela pourrait être le cas en France pour des questions d’indisponibilité ou de ce qui serait considéré comme un manque de sérieux, de légitimité… Ma priorité était de trouver une équipe de chercheurs purement égyptienne, c’est-à-dire non fondée par une nation étrangère et comportant la moitié des chercheurs en provenance des Etats-unis ou du Japon, afin de combattre l’idée que la recherche en Afrique n’est faite que par les occidentaux, c’est faux. De plus, je souhaitais qu’ils travaillent sur une thématique importante dans l’économie du pays et qu’ils occupent sinon une place de leader mais en tout cas qu’ils soient dans le peloton de tête au niveau mondial. Ensuite, ils devaient être d’accord pour coopérer avec moi sur mon projet d’exposition scientifique. C’est comme ça que des chercheurs en nanophotonique (les nanotechnologies de la lumière) de l’université de Zewail ont participé à ce projet. Un détail qui a son importance tout de même, si j’ai été agréablement surprise par l’ouverture d’esprit des chercheurs et des administrations, j’ai vite compris que par contre tout prenait beaucoup plus de temps. Un projet que je comptais boucler en 3 mois a ainsi pris pas moins de 8 mois pour voir le jour.

3 générations de chercheuses au National Research Center du Caire.

Est-ce que la Covid a bouleversé votre voyage ?

Oui complètement. Lorsque j’ai enfin terminé mes projets liés à l’exposition en Egypte, plus d’un an s’était passé depuis mon départ. J’ai quand même voyagé en Turquie et à Malte entre-temps. Je suis donc partie au Soudan que j’ai exploré pendant un mois et demi. J’ai adoré ce pays et pour ma part, c’est un des pays où je me suis sentie le plus en sécurité. Malheureusement mi mars 2020 le pays a fermé ses frontières à cause de la pandémie et mes seules options étaient d’y rester bloquée pour un temps indéterminé ou de rentrer en France. Je suis rentrée en France. Je ne suis pas sûre que cela ait été la meilleure solution. Je passe les détails mais comme tous les voyageurs, être confinée a été une rude épreuve pour moi. En mars dernier, soit un an après mon retour, je suis enfin repartie mais mes plans ont un peu changé. Voyager à coup de test PCR, avec des règles qui continuent d’être modifiée, ce n’est pas très pratique, éthique ou rassurant. Apres un an de confinement en France, j’avais aussi besoin de retrouver « une vie normale », c’est-à-dire pouvoir sortir, visiter, voir ses amis, autant de petits gestes quotidiens qui sont possibles en Egypte. Actuellement, je suis donc basée en Egypte, toujours avec des projets liés à la vulgarisation scientifique et à combattre les idées reçues sur l’Afrique en attendant que la pandémie soit belle et bien un mauvais souvenir.

8 mois en Egypte pour monter une exposition, ça semble long…

Ca a été un travail de longue haleine. Au départ, le projet était simplement de produire une dizaine de panneaux expliquant ce qu’étaient les nanotechnologies et comment les chercheurs travaillaient en Egypte. Finalement, grâce à l’Institut français d’Egypte qui est devenu le partenaire du projet, l’exposition a été accueillie en dur et a bénéficié d’une scénographie professionnelle. Nous avons travaillé avec les chercheurs de l’université de Zewail pour produire le contenu, des traducteurs, des graphistes etc. L’inauguration de l’exposition a même été l’occasion d’organiser un débat sur le développement de la recherche en Egypte entre différents représentants de la recherche académique, de l’industrie et du gouvernement.

Ça se passe comment concrètement la vie en Egypte ?

C’est un pays qui regorge de musées, de villas, de galeries d’art à visiter. C’est très animé aussi en termes de concerts…. Ensuite il y a évidemment tout le patrimoine actuel et archéologique, entre la vieille ville et les célèbres pyramides. Et enfin, il y a aussi tout le patrimoine naturel, les déserts, les oasis, la montagne, les bords de mer, le Nil… En gros, même après un an ici, j’ai toujours de nombreux endroits que je n’ai pas visité. Comme dans de nombreux pays, le gap entre les familles les plus pauvres et les plus riches est très important. Ainsi dans le centre de la capitale, les familles vivent dans des appartements délabrés tandis que dans les nouveaux quartiers de la banlieue ou sur l’île de Zamalek, la bourgeoisie égyptienne vit dans des appartements de haut standing avec tout le confort. ça c’est le contraste que l’on peut voir. Et en fonction du type de voyageur que l’on est, on va plutôt vivre dans les quartiers populaires ou tout confort… En termes de sécurité, le pays n’est pas vraiment instable. Ce n’est pas ce que l’on ressent de l’intérieur. Cette perception provient du fait que les médias ne racontent que les catastrophes qui arrivent ici comme les accidents de train ou les immeubles qui s’écroulent… Quand on applique les règles basiques de sécurité pour les voyageurs, tout se passe bien. 

Tout le monde ne vit évidemment pas la même vie en Egypte. ça dépend si vous vivez en ville ou à la campagne, si vous êtes jeune, avez une famille etc. etc. Mais dans les grandes lignes, on pourrait dire que le rythme de vie est plus lent, qu’il y a un certain désespoir de changer des conditions de vie précaires dans une grande partie de la population, du coup, beaucoup n’arrivent même plus à améliorer les choses mais se contentent de survivre. C’est un peu chaud au niveau ambiance du coup, mais c’est la réalité… A cause de la chaleur, la majeure partie des activités se déroulent le soir après le coucher du soleil à 18h. Du coup, il y a toujours du monde dans la rue même après 1h du matin, c’est assez rassurant. Les Egyptiens se mêlent de tout, tout le temps, ce qui peut être un peu agaçant. Au moins, s’il vous arrive quelque chose dans la rue, une mauvaise rencontre ou un accident, ils interviennent pour vous apporter leur aide et ne font pas mine d’ignorer la situation. Ca aussi c’est rassurant. Autre spécificité, je généralise de façon un peu grossière mais ce qui est très choquant en Egypte, c’est comment les étrangers ont quasiment tous les passe-droits, alors que les Egyptiens sont discriminés au sein de leur propre pays. Contrôle d’identité, interdiction de vivre librement leur sexualité, impossibilité d’acheter des alcools forts, rémunérations dans les administrations publiques très basses etc.

Ras el Bar, là où les eaux du Nil et de la mer se mêlent.

Et c’est sympa le Soudan ?

Le Soudan, c’est une mentalité tellement différente de la nôtre qu’on ne peut pas l’expliquer. Chez eux, ce n’est pas une option de ne pas accueillir ou de ne pas aider. J’ai été en permanence invitée à partager les repas et à dormir chez les locaux même chez ceux qui n’avaient quasiment rien. C’était magique. J’ai toujours participé d’une façon ou d’une autre à cet accueil en aidant dans les tâches quotidiennes par exemple. J’ai beaucoup de mal maintenant avec l’idée du voyageur occidental qui effectue son voyage quasiment gratuitement grâce à la générosité des habitants quand nous en Europe on laisse les migrants se noyer par milliers.

Invitée à dormir dans une famille non loin des Pyramides de Meroe

Quelles ont été les plus grosses claques en termes de paysages durant votre voyage ?

En Egypte : Fayoum et ses lacs. Le désert blanc, je n’ai jamais vu ça nulle part.

Les lacs de Fayoum
Le désert blanc

Au Soudan, le Nil est beaucoup plus sauvage. A voir aussi, la montagne Jebel Barkal

Panorama depuis Jebel Barkal
Kassala, à l’est du Soudan.

Vous avez pour projet de descendre dans le sud de l’Afrique : Ethiopie, Kenya, Tanzanie, Malawi, Botswana. Mais vous donnez l’impression d’être comme installée en Egypte…

C’est toujours d’actualité mais certainement en plusieurs étapes et non plus sur un unique voyage. peut-être plutôt tabler sur 6 mois de voyages par an. Je cherche aussi un moyen de communiquer sur le projet de façon plus efficace. Les sites web aujourd’hui sont un peu has been j’ai l’impression. Et il semble plus opportun de tabler sur les réseaux sociaux. Donc je développe ça tranquillement.

Une partie de domino au Soudan.

Du coup, c’est quoi la suite du programme ?

J’attends que le monde retourne à la normale, même si j’ai peu d’espoir que ça arrive. Je pense que la pandémie va laisser sa marque avec des obligations de passeport santé et de tests PCR qui vont continuer à être obligatoires un petit bout de temps.

Je vais développer mes activités de vulgarisation scientifique en Egypte, actuellement j’anime des ateliers scientifiques pour les enfants et en parallèle je vais continuer de travailler sur mes supports de communication, site web et réseaux sociaux, afin qu’ils soient prêts avant le prochain départ. Normalement, ce devrait être direction l’Ethiopie d’ici 4 à 6 mois.

Mon exposition sur les nanotechnologie continue par ailleurs d’être exposée en Egypte, la prochaine occasion de la voir sera au lycée français lors de la prochaine fête de la science en octobre. 


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