1. Accueil
  2. Mon tour du Monde
  3. Les expériences de Tour du Monde
Le blog voyage by Chapka

Elodie Arrault sur La Grande Muraille Verte d’Afrique, des débuts prometteurs !

Un récit d’Elodie Arrault du projet DADJI, soutenu par l’association Les Vents de la Récolte.

C’est depuis le Tchad que je vous écrivais l’an dernier. J’y passai en effet quatre mois en volontariat (+ deux mois en France) sur le sujet de la lutte contre la désertification. Quatre mois à rencontrer les communautés de femmes et les groupements de paysans sur leurs parcelles, et à visiter des projets d’agroécologie/foresterie. 4 mois de mission exploratoire à imaginer de quelle manière restaurer les sols.

Ce séjour avait 2 objectifs. Le premier visait à transformer ma formation de l’Institut Bioforce en réelle expérience terrain (coordination de projet de solidarité internationale). Le second était d’élargir mon éventail de connaissances en agro-écologie en milieu sahélo-saharien avant d’entamer mon long périple de Dakar à Djibouti sur le tracé de la Grande Muraille Verte d’Afrique.

Le premier objectif a été honoré par l’obtention d’un financement de micro-projet, et ceci grâce au deuxième objectif ! A force d’observation, mon binôme tchadien et moi avions imaginé un outil pédagogique expliquant le phénomène de l’érosion des sols, et comment lutter contre. Cette mallette de jeu, intitulée Boca Jeu, s’accompagne de formations adaptées à chaque communauté.

Forte de cette première phase, je me sentais prête à entamer le long périple que j’avais imaginé depuis presque 3 ans. A l’instar d’un chemin de Compostelle, j’avais préparé cette pérégrination quasi-spirituelle, à la rencontre des acteurs de la préservation de la biodiversité. A pied, en vélo, en charrette, en bus, en moto, à dos de chameau, en pirogue et/ou avec tout ce que j’allais pouvoir trouver me permettant de voyager lentement et sûrement, au plus proche de la nature et des gens.

Fin Septembre 2022 : la préparation et le départ pour la Mauritanie

La préparation est mentale, physique, financière. Et pas que. J’ai passé mon permis dromadaire, vendu ma maison, installé mes enfants, pris RDV dans 10 pays, étudié, et refait 100 fois mon sac, qui est encore trop lourd.

Je ne sais pas d’où sort cette foi qui m’anime mais elle est pugnace et elle a intérêt à le rester ! Le cap aventure est lancé.

Toutes les larmes de mon corps sont néanmoins au RDV, volontairement seule au départ de mon refuge haut-savoyard. Prise par le temps, je laisse ma voiture à 23h au parking de Lyon Perrache et cache la clef dans le passage de roue. La (très) bonne copine, ça sert à aller la chercher et la garer chez elle pour une durée indéterminée… Je prends un bus de nuit et rejoins Périgueux. Les (très) bons amis, ça sert à venir vous chercher à 5h du matin. Eux sont témoins de mes débuts dans le Sahara il y a quelques années.

C’est dans cette campagne périgourdine que me rejoint ma covoitureuse, la copine -une autre- qui vit à Nouakchott et qui rentre après son été français. Avec elle je prends la route de l’Espagne et du Maroc, puis celle de la Mauritanie. Chez elle, je me pose quelques jours le temps de sentir à nouveau l’Afrique, de demander le  renouvellement de mon passeport, et de me préparer.

Je séjourne également chez une nouvelle amie, Marie, qui m’invite dans sa belle maison construite à partir de containers. Nous avons fait connaissance lors d’une tente rouge. Les tentes rouges sont des groupes de parole de femmes qui racontent leurs histoires dans un espace intime d’échange sans contrainte ni jugement, de transmission, de soutien, de bienveillance, de douceur. Dans sa maison et au bord de l’océan je me ressource et me concentre, j’organise le premier circuit.

J’ai fait appel à Cheikh, que j’ai rencontré l’an dernier lors d’une grande virée saharienne avec un archéologue français, élève de Théodore Monod. Je sais qu’il aime le vélo et il m’emmène aux arrivages (marché de l’occasion européenne) pour en choisir un. Un vert presque fluo, et puis deux autres vélos attirent mon attention. Après plusieurs essais, le vert l’emporte. Tiens donc ! Cheikh a fait ramener le sien depuis sa ville d’Atar et nous prenons un bus en direction de Kiffa sur la route de l’Espoir. De là nous entamons un circuit de plus de 600 kilomètres à la rencontre des acteurs et de projets de la muraille verte.

Fixation de dunes, zones de reboisement protégées , fermes agricoles communautaires intégrées… Sous une chaleur torride nous arpentons le goudron brûlant et dormons dans les villages, au gré de nos journées. Il y a beaucoup de moustiques et de bestioles le soir. Marie, en congés, nous rejoint pour les derniers jours avec son vélo. Nous empruntons aussi de très belles pistes dans la brousse, déjeunons au bord de la route et des rizières, invités par les travailleurs des champs. Ils cueillent le bissap et le gombo. Nous sommes dans le Sud, non loin du fleuve Sénégal.

Une halte à Rosso nous fait découvrir le Typha, plante envahissante dans le fleuve, et comment il peut être transformé, valorisé. A Tékane nous visitons un centre dédié aux plantes médicinales et je repars avec un sachet d’artémisia dont les tisanes me protègeront, je l’espère, du palu. Partout l’accueil est spontané, généreux, amical.

Fin octobre 2022. Retour à Nouakchott

Je récupère avec beaucoup de chance mon nouveau passeport et Cheikh me conduit à la frontière sénégalaise, je ne dois pas manquer le bac ce soir, mon visa expire demain. Et puis de l’autre côté du fleuve m’attendent Lionel et Brahim. Ils arrivent de Saint Louis à vélo et il est déjà 18h30. Nous prenons un verre (ou plutôt une cannette) tous les 3 pour faire connaissance et nous désaltérer de nos épreuves respectives de la journée. Une amitié de plusieurs années lie les 2 hommes. Lionel est un français qui parcourt le monde à vélo et Brahim, sénégalais, est son fidèle binôme. Ils mettent au point des cuiseurs qui limitent voire anéantissent l’utilisation du bois. Nous roulons presque non stop et arrivons à minuit à St Louis après 101 kilomètres. Notre ami commun Hervé, qui m’accueillera au Mali, nous y rejoint et nous découvrons cette cité magique marquée par les épopées de Mermoz et de St Exupéry. Au détour des rues surgissent un passé culturel prestigieux, et un patrimoine architectural élégant classé par l’Unesco.

2 novembre. Séjour à Dakar

Le séjour à Dakar va être marqué par l’obtention du visa malien tant espéré, et le départ officiel de mon épopée, en présence de l’ancien ministre de l’environnement Mr Haïdar El Ali. Nous ont rejoint également Arno, organisateur de festival de BD, et Joël, illustrateur. Un ouvrage graphique naîtra de l’aventure.

La Grande Muraille verte d'Afrique à vélo

Après quelques jours, me voilà cette fois totalement seule à reprendre la route, avec mon cheval de fer vert. Je sillonne le Sénégal depuis les mangroves de la petite côte jusqu’aux plaines du Ferlo, en passant par la ville sainte de Touba. Je suis reçue dans un éco-village, dans les antennes des eaux et forêts, chez un couple franco-sénégalais, dans une réserve naturelle et communautaire, dans un campement du parc national. Je pratique le « j’irai dormir chez vous » et je suis à toute heure accueillie. Teranga !

En wolof, Teranga vient de « teer/teerul » qui signifie accueillir. Elle désigne les valeurs d’hospitalité, de partage et de solidarité des Sénégalais. Ce terme, fièrement revendiqué, rappelle que le Sénégal a toujours été un lieu de brassage des peuples et des cultures. Tout se déroule de manière magique et fluide, hormis des crevaisons à répétition. Mon sac est lourd sur le porte bagage et ma roue arrière souffre. Les kilomètres défilent.

Pour traverser le parc national et éviter de croiser un lion, je suis obligée de mettre le vélo à l’arrière d’un pick-up. Il me reste à visiter un projet de culture de fonio avec l’ONG Sos Sahel et à filer en direction de la frontière malienne. Je veux la franchir pour mon anniversaire.

27 novembre. Passage du poste frontière entre le Sénégal et le Mali

Arrivée au poste frontière après avoir traversé le nomad’s land des mines aurifères, je réalise que je viens d’effectuer pile 51 kilomètres, pour mes 51 bougies.

Quelques formalités et me voici de l’autre côté du fleuve Famele, en direction de Kenieba pour retrouver mes pairs : Hervé, mon ami qui vit ici depuis 30 ans par intermittence et Philippe, un jeune français -allemand-canadien et photographe, qui fera le convoyage du véhicule pendant nos journées de vélo.
C’est en fin de journée seulement, juste avant la nuit que nous nous retrouvons avec émotion. Nous dressons vite le campement pour profiter des bulles de champagne au couchant. Quelle transition après cette journée dans la poussière et la pauvreté extrêmes. Les orpailleurs et les camions mènent un trafic incessant dont le maillage est éprouvant à traverser.

Il nous faudra 5 jours et près de 500 kilomètres pour rejoindre Bamako, à travers villages, champs de coton et de karité. Les routes sont des successions de nids de poule, nous nous rinçons et nous rafraichissons parfois dans les fleuves (Bafing et Bayoke qui forment plus loin le Sénégal). Nous mangeons des sandwichs aux omelettes, de la viande grillée, des pastèques et des papayes. Nous sommes heureux de croiser les bonjours , les mains tendues, les invitations, les sourires. Un Mali content de voir circuler librement quelques blancs.

12 janvier 2023. Déjà un mois au Mali

Me voici depuis plus d’un mois déjà à l’hôtel-campement fondé par Hervé dans un écrin de nature préservé, Bamako ayant galopé jusqu’à ses portes en quelques années.  Là je m’y suis reposée ( j’avais sous estimé ma fatigue), et me suis investie sur différents sujets : fabrication traditionnelle de savons, identification d’arbres et accueil d’une caravane de jeunes de l’Agence Panafricaine de la Muraille Verte.
Nous avons passé les fêtes avec des amis, fait du canoë sur le fleuve Niger, escaladé l’arche de Sibi. Je me suis occupée de mes enfants et de mes affaires à distance, et j’ai préparé activement la suite. Dans une poignée de jours je reprendrai la route, en bus cette fois pour le Burkina, pays dont le contexte sécuritaire est actuellement compliqué. La sécurité est un volet à fort impact dans mon choix de parcours, à la fois limitant, mais aussi me rapprochant d’un des challenges majeurs de cette muraille verte : unir, pacifier par l’agriculture.

Au Niger je circulerai probablement à moto. Au Tchad les dromadaires m’attendent… 

Dieu est grand !

5/5 - (2 votes)

0 commentaire

laisser un commentaire